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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-21 septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 21 septembre 2013

 [126d]
Je reste frigide, mon entre-deux-cuisses simplement dévoué à la miction. [123f]

49.

On est là depuis combien de temps ? Là dans le corps ou là dans le corps qui se délite ? On l’ignore, quel que soit le point de vue que l’on adopte. Cela n’a de toute façon pas d’importance. On s’interroge toujours sur ce qui va se passer. On est sans crainte, mais on s’interroge.
Sortir.
Rester.
On oscille entre l’intuition que l’issue n’est plus très loin et l’éventualité de ne pas atteindre le but que l’on s’est fixé. On voudrait se forger une conviction tant on a parfois l’impression de tourner en rond. Faudrait-il changer la perspective, trouver une chignole pour percer un trou dans la paroi, placer le pétard sous la boîte de champignons et se planquer pendant l’explosion ? On a cette histoire à raconter, avant, pendant, après. On a la Bible à lire, le dictionnaire à éplucher. On a le rêve à recomposer. On a l’amour, celui qui est dans la lettre, que l’on doit braver. On a la tarte aux fraises à consoler. On à la foi également, et Dieu qui ne craint pas d’affronter la paire de merguez. On a Jacques Lacan, aussi, qui veut bien se cogner le poisson qui pue. C’est louable. On a… Il va falloir que l’on se décide.
Choisir.
Biaiser.
Ce serait trop facile.
On doit prendre les choses en main. On commence par quitter l’espace de l’entre-deux-fesses. On s’y sentait confinée. On n’a jamais aimé les ambiances carcérales même si l’on savait que ce n’est pas le décor qui pose la liberté. On revient se placer sur le buste. Il est de moins en moins confortable mais la position est plus centrale. On a vue sur tout le corps. On a ouïe sur toute la boîte. Et même au-delà. N’est-ce d’ailleurs pas une voix que l’on perçoit ? On rattrape l’oreille. On se la colle au tympan. [122f]
— La la la !
Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un chante et, pour cette fois, ce n’est pas la clochette. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, recoller les morceaux est oiseux. Rien ne peut réparer l’amer chagrin. C’est comme la colère. On doit la faire passer afin que la haine puisse surgir.
Puis disparaître à son tour. [120f]
Comme la Samaritaine. [120f]
— La la la !
Mais quelle est cette voix si ce n’est elle ? Comment savoir ? Il y a bien cette fable de La Fontaine, ce vers qui pourrait donner la réponse ; « C’est donc quelqu’un des tiens. » Qui ? On doit se concentrer, essayer de la reconnaître. Car c’est une femme, c’est certain. On croirait une phrase de cartomancienne. On rit. Ce n’est pas le moment. On ne voudrait pas perdre la lame. On pince les lèvres. On se gratte la nuque.
On sèche.
— La La La.
Est-ce l’amour qui de nouveau nous appelle ? Il n’est pas dit qu’il sache chanter, à moins qu’il ne faille des dispositions auditives particulières pour lui permettre d’exister.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux dans l’ordre inverse. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. Voilà une affirmation pire encore qu’une prédiction ! On range la boule de cristal. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de rebuter. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passait son temps en toilettes et parfums pour se faire gente, plaire, comme si la beauté avait rapport à l’amour, la popularité au bonheur.
Pire que cruche, elle était gourde !
On rit encore. On ne devrait pourtant pas traiter ainsi la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. On n’a pas envie d’être gentille ; ce n’est plus le moment. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire, quelle qu’elle soit. La liste attend. Le corps est moins impatient. On a soif.
Puiser.
L’histoire devra dire que la vie était belle. Qui en doute à part la lettre d’amour ? Elle commence à nous agacer, celle-là. On sature de la menace qu’elle représente. On doit s’en défaire, quel qu’en soit le prix. Qu’aurions-nous à perdre. L’excitation ? Le désir ? L’amour ? Peu nous chaut ! L’amour est dans la joie et, tant qu’à faire, autant se concentrer sur la dilection. On a tout à y gagner. Dieu, par exemple. Voire un peu d’éternité. Quant au désir…
Sublimer.
On va pêcher la lettre d’amour dans la cachette et on la déchire, sans regrets, sans remords. On n’a jamais compris la différence entre les deux et on n’a pas le courage d’ouvrir le dictionnaire. On regarde les morceaux s’envoler. Ils retombent les uns sur les autres, comme si les histoires voulaient s’agglutiner et ne faire plus qu’une. Quelles histoires ? On s’y perd autant qu’on a pu s’y égarer.
Aimer.
C’est trop compliqué ! Et c’est si simple en même temps. [121f] Allez ! On le tente. Il le faut. On est seule. Il n’est plus besoin de personne pour nous donner le change.
Aimer.
Pour la beauté du geste.
Aimer pour de rien.
Aimer pour de vrai.
On ne risque plus de souffrir. On ne risque plus de blesser. Car là où l’on est, on ne croisera plus jamais personne, à part quelque fantôme ou quelque divinité. [124f] Le sentiment prend de la puissance à mesure que corps s’efface. On le croyait. On y songe encore. Sous chaque voile se cache un joli visage. On tire la bobinette, et le désir choit.
— La la la.
Et le désir choit. [126f]


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[126dDébut-2011:09:21

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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